Photo: Lénaïc Brulé

Mare Nostrum

D'après Aïko Solovkine

Une création collective du Groupe Sanguin

Mare Nostrum, la nouvelle d’Aïko Solovkine, se base sur un fait réel : le naufrage d’un bateau transportant des migrants au large de la Sicile en 1996 qui a fait 283 victimes. Des pêcheurs d’un village décident alors de garder le silence en faisant comme s’ils n’avaient rien vu et laissent les cadavres à la mer. C’est précisément à cette réaction que nous voulons nous intéresser sans poser de jugement. 

 

En  tant  que  collectif,  nous  cherchons  à  interroger  le  spectateur  sur le monde qui l’entoure. Avec Mare Nostrum, nous invitons le spectateur à rentrer avec nous dans notre réflexion sur la notion de choix et sur les mécanismes qui nous poussent à nous déresponsabiliser quand un choix est posé en groupe.

 

Pour notre troisième création, nous ouvrons des questionnements sur des valeurs comme la responsabilité, l’engagement, la loyauté. Nous renvoyons le spectateur à lui-même. Aux choix que tout un chacun est amené à poser. 

Sous de multiples pressions économiques, de rentabilité, quelles valeurs sommes nous prêts à remettre en question ? Comment pouvons-nous faire face à un drame qui nous dépasse et dont nous ne sommes pas directement responsables ? 

Photo: Lénaïc Brulé

La décision des pêcheurs est le reflet de notre société où bien souvent, les valeurs économiques sont plus importantes que les valeurs humaines. Une société qui a comme piliers la rentabilité financière et les valeurs capitalistes, de mise en concurrence des individus et des groupes. Comment l’économie annihile la question de l’humanité.

 

Car finalement qu’aurions-nous fait à leur place ? N’est-ce pas ce que nous faisons tous face à ces drames qui se répètent en mer Méditerranée et ailleurs ? Pouvons-nous leur jeter la pierre ? Quelle place, quels actes, quel choix posons-nous ensemble ou individuellement pour nous positionner et répondre à ces drames ? Ce sont des interrogations que nous voulons partager avec les spectateurs car elles nous ramènent à des interrogations plus globales sur le monde d’aujourd’hui. 

 

Au delà donc de ce choix, nous nous intéresserons aux mécanismes que les pêcheurs mettent en place pour gérer les conséquences émotionnelles et psychologiques de ce choix du silence. Tour à tour, ils improvisent de petits rites funéraires, s’accrochent à des objets trouvés sur les cadavres se réfugient dans des excuses, un racisme primaire, un humour cynique, … Ils tentent à tout prix de retrouver leur quotidien mais des images inquiétantes et la texture de la chair en décomposition entre leurs doigts ne cessent de les hanter. Comment gèrent-ils cette situation traumatisante, où chaque jour ils reprennent et rejettent des cadavres de plus en plus décomposés à l’eau ? Comment se désensibilisent-ils à l’horreur devenue quotidienne ? Arriveront-ils à garder le secret ?

 

L’équipage des pêcheurs nous servira de porte d’entrée pour accéder à cette fable. Cet équipage nous le voulons constitué d’êtres imparfaits avec leurs qualités et leurs défauts. Nous chercherons à garder la complexité, les contradictions intérieures, les nuances, pour créer une certaine empathie entre les pêcheurs et le spectateur. Le spectateur aura la place de se questionner. Car il n’y aura qu’en doutant, ne fut-ce qu’un peu, de ce qu’il aurait fait à sa place qu’il pourra se responsabiliser et poser une attention particulière sur des valeurs comme la responsabilité, la loyauté et l’engagement. Nous voulons à questionner tout le monde et ne condamner personne.

Photo: Louise Talabardon

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